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Diplômés de l'Université de Montréal

Témoignages de nos diplômés

Un diplômé de l’UdeM souffle
ses 100 bougies

Yvan Brassard (médecine 1937)

À 40 ans, le médecin généraliste de Salaberry-de-Valleyfield Yvan Brassard n’a pas hésité à troquer sa trousse contre un tablier de plomb afin de répondre aux besoins en radiologie de sa région. Clichés de ce radiologiste centenaire et diplômé de l’UdeM qui a consacré sa vie au service de sa communauté.

Le Dr Brassard nous reçoit dans sa chambre du foyer pour personnes âgées où il demeure depuis quelques années. Confortablement installé dans sa chaise berçante, il ne se fait pas prier pour relater son long parcours professionnel qui a notamment donné naissance à la première clinique de radiologie en région.

Généreux, le médecin de petite taille au rire contagieux partage aussi avec nous plusieurs anecdotes d’une époque révolue. Très peu de diplômés peuvent en effet se targuer d’avoir étudié à l’Université de Montréal du temps où elle logeait rue Saint-Denis.

L’histoire commence en 1931, alors qu’Yvan Brassard, âgé de 21 ans, dépose ses valises à Montréal pour entamer ses études à la Faculté de médecine de l’UdeM, aussi fréquentée par son père, dont il a suivi les traces.

Débrouillard, il réussira à payer ses droits de scolarité et autres frais grâce à ses talents de musicien. Son instrument? Le trombone à coulisse, dont il a appris à jouer au Collège de Valleyfield. «J’ai gagné tous mes cours de médecine en jouant de la musique avec l’orchestre de Radio-Canada. Ça me faisait 25 $ par semaine!» évoque fièrement celui qui a aussi été membre de l’orchestre de l’UdeM, le «bleu et or».

Les souvenirs qu’il conserve de sa formation universitaire se présentent aussi sous la forme d’odeurs, comme celles des leçons d’anatomie. «Au quatrième étage, c’était la salle des cadavres, il y en avait une quinzaine et… ça ne sentait pas toujours bon», évoque-t-il rieur, ajoutant que les choses ont bien changé depuis. 

Retour sur les bancs d’école 
Ses études terminées, Yvan Brassard reprend la «grosse» clientèle de son père à Salaberry-de-Valleyfield. «J’ai travaillé fort, des nuits blanches, j’en ai fait!» s’exclame le retraité, racontant notamment ses nombreuses veillées passées au chevet de femmes en travail.
Technicienne en radiologie, sa fille Louise se rappelle avoir vu son père disparaitre dans la nuit plus d’une fois. «C’était à une époque où il n’y avait pas d’assurance maladie», souligne-t-elle. Les médecins «de campagne» comme lui avaient le sens de l’engagement très développé, ils travaillaient sans relâche et, souvent, pour peu. «Parfois, on les payait avec un pot de cornichons», dit-elle.

Après 15 ans de médecine générale, le Dr Brassard est informé par la supérieure de l’hôpital de Valleyfield des besoins en radiologie de l’établissement. Il consacre déjà ses jeudis de congé à la radiographie, puisqu’il se rend toutes les semaines à l’Hôtel-Dieu pour obtenir des diagnostics établis à partir des examens aux rayons X de ses patients.

Sans hésiter, le père de quatre enfants accepte de retourner sur les bancs d’école. Pendant deux ans, il fera la navette entre Valleyfield et Montréal pour se spécialiser auprès du célèbre radiologiste Albert Jutras. À l’âge de 40 ans, il passe ses examens en radiologie haut la main.
En plus de son travail à l’hôpital de la région, Yvan Brassard ouvrira la première clinique en région dotée de services radiologiques. 

Il se souvient entre autres d’une dame venue le voir pour un lavement baryté (radiographie gastro-intestinale) et qui a eu la peur de sa vie lorsque de la fumée s’est échappée au-dessous de la table où elle est assise. Paniquée, la sœur qui assistait le Dr Brassard éteindra le foyer de «l’incendie» avec l’eau… du bénitier! «La patiente n’est jamais revenue», lance-t-il dans un éclat de rire.

Le médecin accrochera sa blouse blanche à l’âge de 74 ans, après plus de 50 ans de métier et autant d’histoires à raconter.

Des éloges mérités
Également radiologiste de formation, le recteur de l’Université de Montréal, Guy Breton, croit qu’Yvan Brassard illustre bien une époque de l’histoire de la province. Il lève son chapeau à cet homme qui a mené une vie «pleine et équilibrée» et qui a décidé de retourner à l’université «pour répondre aux besoins de sa communauté». 

Le Dr Denis Melançon, spécialiste en neuroradiologie, a quant à lui travaillé aux côtés du radiologiste, «qui a probablement mis au monde la moitié de la ville de Valleyfield». D’abord médecin généraliste, le Dr Melançon s’est ensuite spécialisé en radiologie grâce aux précieux conseils de son ancien patron.

«C’est l’exemple du radiologiste dévoué à sa profession, à sa région et à son hôpital. J’en ai vu peu comme lui», affirme celui qui a été président de l’Association québécoise de radiologie.
En 2007, pour célébrer les 60 ans du regroupement, le Dr Melançon a rendu hommage à celui qui l’a inspiré au cours d’une soirée tenue au Musée McCord d’histoire canadienne à Montréal.
En février dernier, Yvan Brassard a également eu droit à une grande fête organisée par ses proches, cette fois dans sa ville, pour souligner son 100e anniversaire. A-t-il bu à la fontaine de Jouvence? «J’ai travaillé fort», réplique l’auteur de Mémoires d’un vieux médecin, une autobiographie écrite à l’âge de 95 ans. «Ma chambre, c’est le numéro 125, je vais essayer de me rendre jusque-là!» conclut-t-il, pour une fois presque sérieux.

Annie Mathieu
Collaboration spéciale

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